Peut-on être heureux sans être toujours positif ?
Et si aller bien ne signifiait pas forcément voir la vie du bon côté en permanence ?
« Pense positif ! », « Vois le bon côté des choses ! », « Il faut relativiser ! »
Qui n'a jamais entendu ces petites phrases, souvent prononcées avec les meilleures intentions ?
Elles partent généralement d'un désir sincère de rassurer, d'encourager ou de réconforter. Pourtant, lorsque nous traversons une période difficile, elles peuvent parfois produire l'effet inverse !
Comme si nous devions rapidement retrouver le sourire. Comme si la tristesse, la colère ou le découragement étaient des émotions dont il fallait absolument se débarrasser.
Mais faut-il vraiment être positif pour être heureux ?
Cette pression à aller bien
- Nous vivons dans une société où le bonheur occupe une place importante.
- Les réseaux sociaux nous montrent des instants de vie souvent heureux, des réussites, des sourires, des voyages…
- Les livres de développement personnel nous encouragent à cultiver l'optimisme, à transformer nos pensées et à adopter une attitude positive.
Bien sûr, apprendre à porter un regard plus encourageant sur certaines situations peut nous aider à traverser les difficultés.
Mais à force de vouloir être heureux, ne risquons-nous pas de nous imposer une nouvelle exigence ?
Celle d'aller bien, même lorsque ce n'est pas le cas.
Nous pouvons alors nous sentir coupables d'être tristes, honteux d'être en colère ou déçus de ne pas réussir à relativiser. Et finalement, souffrir de ne pas être heureux.
Nos émotions ne sont pas des erreurs
La tristesse, la peur, la colère ou la frustration font partie de notre expérience humaine.
Elles ne sont pas nécessairement agréables, mais elles ont toutes quelque chose à nous apprendre sur ce que nous vivons.
- La tristesse peut accompagner une perte, une déception ou un changement important.
- La colère peut apparaître lorsque nous avons le sentiment qu'une limite a été franchie ou qu'une situation est injuste.
- La peur peut nous alerter face à une incertitude ou à une situation que nous percevons comme menaçante.
Ces émotions ne sont en aucun cas des défauts à corriger.
Elles sont des réactions qui méritent d'être reconnues, même lorsque nous ne comprenons pas immédiatement leur origine.
Accueillir une émotion ne signifie pas se laisser envahir par elle.
C'est simplement accepter qu'elle existe, sans chercher systématiquement à la faire disparaître.
Quand vouloir aller bien nous éloigne de nous-mêmes
Imaginons une personne qui traverse une période de fatigue ou de découragement.
Son entourage lui conseille de sortir, de penser à autre chose, de regarder tout ce qui va bien dans sa vie.
Ces suggestions peuvent être bienveillantes et parfois utiles.
Mais si cette personne ne se sent pas entendue dans ce qu'elle traverse, elle peut finir par ne plus exprimer ce qu'elle ressent.
Elle sourit, rassure son entourage, affirme que tout va bien.
Et parfois, elle finit même par essayer de se convaincre elle-même.
Nous pouvons ainsi prendre l'habitude de mettre certaines émotions de côté, non parce qu'elles ont disparu, mais parce qu'elles nous semblent difficiles à exprimer ou à accepter.
Or, ce que nous ressentons ne disparaît pas nécessairement parce que nous décidons de ne plus y penser !
Prendre le temps de reconnaître une émotion peut au contraire nous aider à mieux comprendre ce qu'elle vient toucher en nous.
Et si le bonheur n'était pas un état permanent ?
Nous imaginons parfois le bonheur comme un état que nous devrions atteindre et conserver.
Une vie dans laquelle nous serions sereins, confiants, épanouis, à l'abri des doutes et des difficultés.
Mais notre existence est faite de mouvements, de rencontres, de changements, de joies et de peines.
Nous pouvons être heureux dans notre vie et en même temps traverser une période de tristesse.
- Aimer profondément notre famille et ressentir parfois le besoin de nous retrouver seuls.
- Être satisfaits de notre travail et connaître des moments de découragement.
- Éprouver de la gratitude pour ce que nous avons, tout en ressentant un manque ou une insatisfaction.
Ces sentiments ne sont pas forcément contradictoires.
Ils témoignent simplement de la complexité et de la richesse de notre vie intérieure.
Et si le bonheur ne consistait pas à ne plus ressentir d'émotions désagréables, mais à pouvoir vivre avec l'ensemble de nos émotions sans nous juger ?
Apprendre à acceuillir plutôt qu'à combattre
La méditation nous invite notamment à observer ce qui se présente à nous, qu'il s'agisse de sensations corporelles, de pensées ou d'émotions.
Sans chercher à tout contrôler, sans vouloir immédiatement modifier notre expérience.
Cela ne signifie pas rester passif face à la souffrance ou renoncer à aller mieux.
Il s'agit plutôt de développer une autre manière d'entrer en relation avec ce que nous vivons.
La sophrologie peut également nous aider à prendre conscience de nos ressentis corporels et à retrouver des ressources pour traverser certaines périodes difficiles.
Et parfois, lorsqu'une émotion revient régulièrement ou semble prendre une place importante, un travail d'accompagnement psychologique peut permettre d'explorer ce qui se joue plus profondément.
Derrière une colère, une tristesse ou une peur peuvent se trouver des expériences, des besoins ou des blessures que nous n'avons pas toujours eu l'occasion de comprendre.
S'autoriser à être simplement humain
Il y aura des jours où nous nous sentirons enthousiastes, confiants et pleins d'énergie.
D'autres où nous serons plus fragiles, fatigués, irritables ou préoccupés.
Et ce n'est pas nécessairement un problème !
Nous n'avons pas à transformer chaque difficulté en opportunité, chaque tristesse en leçon de vie ou chaque épreuve en expérience positive.
Parfois, nous avons simplement besoin de reconnaître que quelque chose est difficile.
De nous accorder un peu de douceur.
De parler à quelqu'un qui saura nous écouter, sans chercher immédiatement à nous proposer une solution. Être une oreille, une écoute active.
Et de nous rappeler que nos émotions ne définissent pas toute notre existence.
Alors oui, nous pouvons être heureux sans être toujours positifs.
Peut-être même qu'en cessant de vouloir aller bien à tout prix, nous nous donnons davantage de liberté pour vivre pleinement ce que nous sommes.
Avec nos élans, nos doutes, nos joies et nos fragilités.
Parce qu'être bien avec soi-même, ce n'est pas toujours sourire à la vie.
C'est aussi apprendre à s'accueillir tel que l'on est.


